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puce Compte-rendu de la conférence n°5

CONFÉRENCE N°5 DU CONSEIL DE DÉVELOPPEMENT DU PAYS DE CHÂTEAUBRIANT

le 30 septembre 2010, à Saint Vincent des Landes

introduction par Joël Fourny, Représentant de la Chambre de Métiers au Conseil de Développement

La question que le Conseil de développement souhaite aborder par
cette conférence est la suivante : l’économie de proximité est-elle une
opportunité pour développer l’attractivité du Pays de Châteaubriant ?

Pour les professionnels de l’artisanat, développer l’économie de proximité
sur les territoires est un enjeu fort pour les années à venir. Ce développement ne pourra se faire qu’avec la collaboration de toutes les composantes économiques d’un territoire (agriculture, industrie, commerce, etc.).

Le Pays de Châteaubriant doit s’appuyer sur une économie dont les
activités sont complémentaires. Il doit être en capacité de proposer des
services de dimension sociale et culturelle. Ce sont l’ensemble de ces
activités qui permettront au Pays de Châteaubriant d’être encore plus
attractif.

Conférence de Michel Roudet

1. l’économie de proximité, un sujet d’actualité

- qu’est ce que l’économie de proximité ?

L’inconscient collectif a tendance à opposer échelon local (proximité)
et échelon global (mondialisation). Or ces deux dimensions sont
complémentaires. Plus la globalisation se développera, plus l’économie
locale aura son importance.

Le modèle de croissance basé sur la quantité (le toujours plus) atteint
ses limites et doit s’arrêter. Ce n’est pas pour cela qu’il faut prôner une
décroissance mais plutôt un autre modèle de croissance basé sur la qualité.

En France, les pouvoirs publics soutiennent massivement les grandes
entreprises car ils considèrent qu’il faut que nos entreprises soient puissantes pour avoir une place à l’échelon mondial. Le réseau de PME est quant à lui peu soutenu, alors que les PME sont créatrices de richesses importantes. Aider les PME est par contre davantage une préoccupation des collectivités locales qui estiment qu’un réseau de petites entreprises est un atout pour un territoire.

Le libéralisme, par un développement de la concurrence, était censé favoriser les consommateurs par une multiplication des produits et une baisse des prix. Or la dérégulation des marchés à entraîné une concentration des entreprises (on absorbe les concurrents pour être de plus en plus gros) avec pour effets des choix restreints de produits (standardisation) et une augmentation des prix, c’est à dire des résultats contraires aux objectifs de départ.

- Quels sont les facteurs favorables au développement de l’économie de proximité ?

Dans un monde qui a tendance à se standardiser de plus en plus, la population réagit par une affirmation des identités. La mondialisation et ses conséquences subies provoquent donc des changements de modes de consommations et développent des besoins de proximité.

Les populations commencent à douter des bienfaits du gigantisme
(ex : grands ensembles d’habitation contestés). En parallèle, la prise de conscience des problématiques écologiques entraîne de nouveaux modes de consommations.

Par ailleurs, le rapport des gens au travail a changé. Le travail n’est plus un objectif mais un moyen de réaliser sa vie. Une part plus importante est donnée aux loisirs de proximité, au temps libre.

Les crises alimentaires (ex : crise de la vache folle) mettent en évidence des conséquences de la course aux prix et au rendement sur la qualité des produits. Le regard des consommateurs change sur la dimension qualité-prix des produits.

Les productions à bas coût ont entraîné des délocalisations avec des effets importants sur les emplois locaux. La population se sent victime de la mondialisation.

Enfin, la crise financière a secoué les mentalités sur les limites du système financier mondial.

En conséquence, les notions d’achats responsables, de commerce équitable, de bio montent en puissance alors que dans le même temps l’attractivité de la grande distribution diminue. Le développement du commerce équitable illustre d’ailleurs bien la volonté du consommateur de participer à la rémunération au « juste » prix du producteur. Il serait d’ailleurs intéressant de promouvoir le développement d’un commerce équitable local qui assurerait là-aussi un juste prix aux agriculteurs locaux.

Parler d’économie de proximité il y a seulement 5 ans était décalé. Aujourd’hui, en parler c’est être vraiment dans l’actualité. C’est d’actualité mais en même temps c’est un sujet évoqué depuis longtemps : la nécessité d’une rencontre sur un territoire des intérêts entre vendeurs et acheteurs était déjà décrite en 1776 dans un ouvrage de l’économiste Adam Smith.

2. Les proximités

- Des situations

Lorsque l’on parle d’économie de proximité, on entend souvent proximité géographique. Or, ce sont en fait deux dimensions qu’il faut prendre en compte : la proximité géographique et la proximité relationnelle (= la relation entre acheteur et vendeur).

Le schéma ci-dessous propose un classement théorique des différents types d’appareils commerciaux selon leurs proximités géographiques et relationnelles. En pratique les contours sont beaucoup plus flous.

Proximité géographique {JPEG}

Ainsi, un hypermarché est en proximité géographique sans nécessairement avoir une proximité relationnelle avec sa clientèle alors que cette dimension est en principe plus développée dans un commerce de proximité et dans des activités de loisirs.
à contrario, un site de vente par Internet, éloigné du client géographiquement, peut avoir une proximité relationnelle via échange de mails, participation à des forums de consommateurs, etc.
Recherchées par les consommateurs ces deux dimensions de proximités font évoluer les pratiques commerciales.

- Des actions

La grande distribution, davantage dans une notion de prix et d’abondance de biens, développe des petites surfaces de proximité, les grands groupes développent des franchises en centre-ville pour plus de proximité relationnelle et géographique.

Proximité géographique {JPEG}

Les petits commerces, moins attractifs sur la dimension « prix » réfléchissent à des achats groupés, à des labels collectifs pour diminuer leurs coûts, améliorer leur image, afin d’être mieux placés sur leur marché.

Les sites de e-commerce développent des points de livraison qui les rapprochent de leurs clients. En contrepartie, les artisans locaux utilisent l’outil Internet pour se faire connaître au-delà de leur territoire d’implantation.

Ces différentes pratiques vont très certainement se renforcer dans les années à venir pour répondre aux demandes nouvelles des consommateurs.

Proximité et mondialisation sont donc finalement très interdépendants.

3. PROXIMITÉ ET DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

- Territoire de production, territoire de captation

La proximité peut favoriser le développement d’un territoire, c’est à dire le rendre attractif et vivant.

Il existe deux types de territoires :

- les territoires de production : on produit sur place pour vendre ailleurs

- les territoires de captation : on capte les revenus qui viennent d’ailleurs (revenus des retraités, des touristes, des habitants qui travaillent en dehors du territoire)

On a souvent tendance à penser que pour développer un territoire, il faut créer des usines, avoir un appareil productif important. Or chercher la production à tout prix sur un territoire ne l’enrichit pas forcément. Pour être attractifs, il faut donc viser les 2 dimensions : produire et capter.

Un territoire peut être productif sans avoir forcément de grosse entreprise implantée localement. La notion de sous-traitance qui donne l’image de petites entreprises très dépendantes de leurs donneurs d’ordres est en réalité tronquée car bien souvent ces entreprises sont plutôt des cotraitants. Leur souplesse, leur capacité d’adaptation leur permettent de fabriquer, développer des produits que des plus grosses entreprises ne pourraient faire. L’artisanat, le commerce et les services souffrent d’une mauvaise image alors que ces activités de proximité sont fortement pourvoyeuses d’emplois.

D’où l’intérêt de développer des réseaux, des clusters c’est à dire des endroits où de l’activité complémentaire se crée (transport, services, intérim, etc) autour d’une activité noyau. Un bon exemple, celui de la vallée de l’Arve [1] en Haute Savoie où co-existent des ateliers complémentaires entre eux, avec une série de prestataires, ce qui forme un ensemble homogène qui se suffit à lui-même, permet d’exporter les produits et de faire des économies d’énergie importantes.

C’est donc un ensemble d’acteurs qui concourent à animer un territoire.

- Une synergie nécessaire entre les acteurs

Un territoire dynamique n’est pas un territoire qui juxtapose des activités mais qui combine ces activités.

Quand on parle de ces activités, on pense industrie, commerce, artisanat, agriculture, mais il faut aussi penser associations et loisirs car les activités culturelles et sportives sont des éléments qui favorisent le développement des territoires.
Trois types d’acteurs de proximité [2] cohabitent sur un territoire

- les acteurs de la proximité domestique : nourriture, habillement, logement, déplacements cohabitent sur un territoire

- les acteurs de la proximité d’agrément : sport, culture, loisirs

- les acteurs de la proximité d’attention : médical, social, soins à la personne

Si l’on ne combine pas ces trois types d’acteurs et qu’on ne les aide pas à innover dans les services qu’ils proposent aux habitants, on limite le développement du territoire.

A titre d’exemple, avec l’arrivée du tram-train, si la boulangerie ferme plus tôt que l’heure d’arrivée du train dans les communes traversées par la ligne, les voyageurs achèteront leur pain à Nantes, au lieu de favoriser le commerce local.

La proximité géographique n’est pas suffisante. Il faut créer une proximité organisée, c’est à dire aider ces acteurs à s’organiser pour construire une offre de services homogène.

Des bonnes idées pour permettre un développement de territoire existent partout, ce sont des « étincelles » qui bien souvent s’arrêtent à ce stade. Pour être développées, il leur faut du « carburant », c’est-à-dire une écoute et un échange avec les acteurs locaux, et une « réserve » : la mise en oeuvre d’actions concertées entre les acteurs locaux autour de l’idée de départ.

Plusieurs exemples permettent d’illustrer cette notion :

- La commune de Béchere [3] (800 hab. à côté de l’axe Rennes - Dinan) était en voie de désertification dans les années 60. Une association souhaite développer des actions en faveur du livre. Soutenue par des habitants, ils créent une formation aux métiers du livre en 1990. Depuis, ont été mis en place un label « Bécherel, cité du livre », une fête du livre, un festival européen. Suite à ces manifestations des artisans du livre, des librairies et cafés lecture s’installent.

- Dans le Vaucluse, l’Isle sur la Sorgue [4], peu attractive de par sa localisation, avait une économie basée sur ses moulins (papier, soierie, etc.). Dans les années 50, les activités ont périclité créant des friches industrielles et laissant les moulins à l’abandon. L’ « étincelle » vient alors d’un maire qui décide d’aménager un moulin qu’il met à disposition pour des antiquaires parisiens et crée des foires à la brocante en été. Plus tard, un autre maire décide de développer cette idée et d’aménager les moulins de la ville. La population, les commerçants adhèrent à ce projet, refont leurs façades, aménagent les rues pour être plus attractifs. Aujourd’hui, l’Isle sur la Sorgue est le 3ème marché européen des antiquités avec ses 400 antiquaires.

- Nyons [5] région des Baronnies (Drôme provençale) est éloignée de tout. La terre y ets aride mais produit des olives. Un groupe d’agriculteurs décide de planter des oliviers de qualité sur l’ensemble des parcelles et obtiennent une AOC en olives. Dès lors se créent un musée de l’olivier ou encore un centre de recherches de l’olivier. Par ailleurs, toujours sur une démarche qualité, de nouvelles cultures se développent : tilleul, abricots, etc.

- Lamotte Beuvron [6], sur la nationale 20 au Sud d’Orléans bénéficiait du trafic routier pour développer ses activités. Quand l’autoroute s’est créée (sans échangeur à proximité), les commerçants ont perdu la majorité de leur clientèle. Plutôt que d’être défaitistes et de stopper leurs activités, les restaurants ont préféré miser sur le haut de gamme en proposant une dégustation de produits locaux de qualité avec une collaboration des artisans et producteurs locaux. La commune est aujourd’hui relativement dynamique et attire aussi une clientèle orléanaise en plus d’une clientèle de passage.

Ces différents exemples illustrent bien la nécessité d’une synergie entre les différents acteurs publics et privés pour favoriser l’attractivité d’un territoire.

En conclusion et pour en revenir à l’actualité, un rapport intitulé « L’économie de proximité : une réponse aux défis majeurs de la société française » a été présenté par Pierre Martin au Conseil Économique et Social Environnemental puis adopté le 28 septembre.

Ce rapport propose 6 axes à l’Etat pour prendre en compte l’économie de proximité :

1- Veiller à l’équilibre entre les deux composantes présentielles et productives

2- Faire de l’économie de proximité un levier pour le bien être plus durable

3- Assurer la complémentarité entre mondialisation et proximité

4- Utiliser la proximité contre l’uniformisation entraînée par la globalisation

5- Développer la proximité d’organisation sur les territoires
Accompagner les acteurs de terrain

La notion d’économie de proximité commence à être prise en compte par les pouvoirs publics. Les territoires ruraux comme celui du Pays de Châteaubriant ont probablement une carte à jouer, des synergies à trouver, pour favoriser leur attractivité


Compte-rendu du débat n°5


Compte-rendu conférence 5

Notes

[2« L’économie de proximité, moteur d’un nouveau projet de société », Pierre Martin, Ed. Le cherche Midi, 2008

[3Pour en savoir plus : http://www.becherel.com/2004/

[5Pour en savoir plus : http://www.nyons.com/decouvrir.html

[6Pour en savoir plus : http://www.lamotte-beuvron.fr/index.

 

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