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puce Compte-rendu du débat n°6

Débat faisant suite à la conférence du 2 décembre 2010

Question :

Vous nous avez parlé d’initiatives locales, de réflexions de territoire mais n’avez-vous pas le sentiment que l’avenir de l’agriculture se joue surtout à un niveau européen voire mondial ?

Yvon Le Caro :

Afin de respecter la libre concurrence entre acteurs économiques (les agriculteurs en l’occurrence), Bruxelles ne peut pas permettre aux collectivités locales d’apporter une aide directe aux agriculteurs de leur territoire. Il est donc nécessaire d’avoir des règles communes à l’échelon européen, règles nécessaires car nous sommes dans une économie de marché. Néanmoins, le niveau local, de par sa structuration, de par ses initiatives peut être force de proposition pour améliorer ces règles communes.

Par ailleurs, il faut bien avoir en tête que les difficultés que rencontrent certains agriculteurs ne sont pas que financières (liées au cours du marché) mais aussi humaines avec une non-reconnaissance de leur plus-value pour un territoire. Et là, la politique menée localement a une grande importance.

Question :

Ces nouvelles pratiques de collaboration entre agriculteurs et territoires sont intéressantes mais les agriculteurs sont-ils suffisamment formés pour les mettre en place (formation initiale et continue) ?

Yvon Le Caro :

Le secteur agricole est un secteur qui forme beaucoup. Les agriculteurs sont donc relativement bien pourvus en outils de formation disponibles. Par contre, on se pose peu la question des relations entre agriculteurs et non agriculteurs. Il faut aussi développer des lieux d’échanges entre agriculteurs, des lieux où ils puissent se regrouper et discuter de leurs problématiques communes, s’auto-former en quelque sorte. C’est un peu le sens de ma proposition de développer des coopératives territoriales.

Jacques Lemaître (président de la Chambre d’Agriculture 44) :

Pendant trop longtemps, l’agriculture a été sous la responsabilité de l’Europe. Aujourd’hui, les collectivités locales s’intéressent à l’avenir de l’agriculture car elles se sont rendues compte que conserver des activités agricoles localement était un atout pour leur territoire.
Pour accompagner les agriculteurs dans leurs réflexions de territoire, la Chambre d’Agriculture 44 a constitué des « groupes territoire » dans chaque canton qui abordent les différentes thématiques liées à l’ancrage territorial de l’agriculture.
L’échelon local peut donc imaginer de nouvelles possibilités de développement pour l’agriculture (ex : circuits courts, énergies renouvelables) sans attendre des directives européennes.

Réflexion :

L’Europe a fait le choix de laisser l’agriculture se confronter au marché mondial. Pendant les années 2000, l’Europe a « laissé tomber » sa politique agricole. Aujourd’hui, le parlement se rend compte des lourdes conséquences de cette politique du laisser-aller et commence à revenir dessus.

Question :

Dans l’Ouest, de nombreuses coopératives se sont créées. Or, actuellement, on arrive à des concurrences très fortes entre coopératives ainsi qu’à un tel mouvement de concentration de ces structures qu’elles n’ont plus d’ancrage territorial. Comment voyez-vous demain le développement des futurs outils économiques ?

Yvon Le Caro :

Les coopératives doivent faire face aux exigences de leurs filières (marché, grande distribution) qui leur demandent de grossir. Elles sont donc tentées d’abandonner leur territoire même si elles essayent parfois de valoriser les productions locales. Les agriculteurs ont un pouvoir de vote au sein de ces coopératives. C’est donc à eux d’influencer les décisions de leurs coopératives vers un développement plus qualitatif avec plus d’ancrage territorial.

Question :

La population mondiale augmente alors que dans le même temps les terres agricoles diminuent. Est-ce viable ?

Yvon Le Caro :

Les spécialistes de la croissance urbaine s’accordent globalement pour dire que la croissance des villes va continuer à grignoter l’espace agricole, mais de façon moins importante que ces dernières années.

Il faut en fait traiter la question sous l’angle qualitatif.
Dans un projet de recherche auquel je participe, un géographe a fait une analyse croisée de la valeur agronomique des terres et de leur usage. Cette analyse a montré que les meilleures terres avaient été utilisées pour construire de l’habitat  . Il est donc nécessaire qu’au sein des PLU les élus n’aient pas un regard que sur la quantité de terrains agricoles mais aussi sur la qualité des terres des agriculteurs.

Il y a aussi tout une réflexion à développer sur les nouveaux modes d’habitat   :
réinventer des modes d’urbanisation moins coûteux en terrains (habiter les fermes, concevoir des maisons avec possibilité d’en louer une partie, etc.).

De nouveaux modes de productions émergent, le bio notamment qui est a priori plus consommateur d’espace. Or, il faut sortir de ces idées reçues car il y a des agriculteurs bio qui font aussi de l’intensif. La question fondamentale est celle du rendement net, c’est-à-dire de la production de la ferme une fois déduits les intrants. Quand on regarde les rendements nets, c’est finalement la qualité du sol et la cohérence de l’itinéraire technique qui sont plus déterminants que le système de production retenu.

Question :

Vous nous avez montré que beaucoup de décisions peuvent se prendre de façon démocratique et collective. Mais est ce que ce mode de fonctionnement démocratique est compatible avec notre fonctionnement libéral ?

Yvon Le Caro :

Vue la concurrence entre les acteurs économiques, et de plus en plus entre les territoires, il n’est pas possible d’avoir une réflexion collective sur tous les sujets. Il faut réussir à définir des priorités sur lesquelles une démarche collective est nécessaire et possible.

Question :

Nous consommons beaucoup de pétrole pour produire une calorie de nourriture. Dans un contexte de raréfaction des ressources énergétiques, quel avenir pour l’agriculture ?

Yvon Le Caro :

Pour réduire notre consommation d’énergie, il faut affecter aux terres agricoles une production adaptée (produire là où c’est le plus « rentable » au sens de la productivité nette d’intrants), d’où la nécessité d’une analyse très fine de la qualité des sols et de leur insertion territoriale (hydrologie, voisinage, paysage, etc.). Ce raisonnement est également valable pour la production d’énergies renouvelables (biomasse, solaire, éolien…).

Par ailleurs, le raisonnement en économie nette montre qu’en diminuant les intrants, on augmente parfois les revenus. Des réflexions sont à mener dans ce sens.

On peut donc imaginer une voie de progrès de l’agriculture en dépensant moins d’intrants et en diversifiant les productions
(produits alimentaires, énergétiques, services sur une même exploitation).


Compte-rendu de la conférence n°6


Compte rendu de la conférence débat N°6

 

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